Que se passait-il à Tahiti lors de la création de Pape’ete ?

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Que se passait-il à Tahiti lors de la création de Pape’ete ?

Ceci n’est qu’une infime partie de la situation de l’époque.

Cela fait déjà des dizaines d’années que les premiers navigateurs ont réalisé des échanges et créé des liens stratégiques avec les tahitiens et plus particulièrement avec le chef Pomare 1er, appelé Tu. Son royaume s’étendait de Mahina à Papeete, et, avait comme grand Roi le Ari’i rahi, Amo et sa femme la Reine Purea. La Reine fût en contact avec le Capitaine Wallis et contribua aux efforts de paix, après les premiers affrontements survenus entre tahitiens et anglais, dans la baie de Matavai.

À la naissance du fils de Pomare 1er, au début des années 1780, et, comme le voulait la tradition tahitienne, il prit le nom de son père, toutes ses fonctions et les avantages des Ari’i (Rois). Un fait marquant de cette période, fût la prise du Maro ‘ura, par Pomare 1er , aidé par les mutins de  la « Bounty ». Être en possession de cet objet hautement sacré du pouvoir suprême, signifiait que l’on était le Ari’i rahi (le grand roi) de l’île. Dès son adolescence, Tu Pomare 2 montra ses ambitions de pouvoirs, et, ne tarda pas à écarter son père des affaires du royaume. Après avoir balayé les partisans de son père à Mataiva, et ainsi, pris le pouvoir sur le territoire de Porionu’u, il assoit sa souveraineté sur toute l’île de Tahiti, avec l’aide des marins anglais des navires « Venus » et « Norfolk ». Les chefferies d’Oropa’a et des Teva au sud de l’île durent s’unir, pour faire face aux multiples offensives. De 1798 à 1808, Pomare 2 et les grands chefs tahitiens, qui s’opposent à lui et aux missionnaires anglais, s’affrontèrent, et, Tahiti vit alors une période de batailles incessantes.

Papeete n’existe pas encore, et les navires militaires continuent à mouiller dans la baie de Matavai à la pointe Venus, où se trouve, la station des missionnaires anglais. C’est en ce lieu que le Capitaine Cook, en mission scientifique dans les mers du sud, avait décidé de s’installer, pour observer le passage de Venus sur le soleil.

Ce sont les capitaines des baleinières en campagne dans le Pacifique, qui furent les premiers à utiliser la baie de Pape’ete, comme lieu de relâche. L’orientation et la configuration de la baie étaient parfaites, pour y stationner tout au long de l’année.
Petit à petit, Papeete, qui ne se nomme pas encore, ni n’existe, s’impose comme le point d’arriver des bateaux marchands, qui vont en faire une escale commerciale, notamment avec le porc salé, qui servait à approvisionner la colonie pénitentiare de Sydney (Port Jackson). Puis, ce port deviendra aussi militaire, délaissant ainsi, la baie de Matavai et la pointe Venus.

En 1808, Pomare 2 et les missionnaires anglais subissent la prise de possession du royaume Porionu’u, par les chefs Hitoti et Pā’ōfa’i, les poussant à fuir, vers les îles sous le vent, puis, en face de Tahiti à Mo’orea. Pomare 2 avait noué des alliances, avec ces îles, par le mariage de sa mère, avec le Ari’i rahi de Huahine, Tenania, ce qui le conduisit en 1810, à épouser deux filles du Ari’i rahi de Raitaea, Tamatoa III. Ces alliances royales et politiques ont permis à Pomare 2, de disposer d’une armée importante, pour préparer son retour sur Tahiti.

Lors de sa fuite vers Papetoai à Mo’orea, Pomare 2 fût suivi, par le pasteur anglais Henry Nott, déterminé à le convaincre de se racheter de tous ses pêchés, et ainsi, poursuivre l’évangélisation de ces îles. Il obtint l’accord de Pomare 2, d’abandonner toutes les anciennes coutumes et les dieux polynésiens, et, se convertir lui et ses sujets au christianisme. Après plusieurs années à Mo’orea, le pasteur Nott est parvenu à convertir des centaines de sujets et à faire traduire en tahitien l’Evangile de Luc et d’autres livres pieux.

Le départ de Pomare 2, a conduit l’installation d’une gouvernance appelée « te hau manahune » (le pouvoir au peuple). Le pouvoir est passé des Ari’i au chef inférieur les Ra’atira. Les affrontements incessants ont poussé les populations des districts, à rejeter les Ari’i, et, l’on peut alors sentir, le vacillement de la société tahitienne de l’époque. Défenseur d’une société polynésienne ancestrale encore en place, le chef de Papara Opuhara, est un personnage clé. Lors d’une bataille décisive, il sera à la tête d’une armée constituée des chefferies d’Oropa’a, de Teva i Uta et Teva i Tai, prête à défendre son territoire et son âme, face à Pomare 2 et son armée constituée de combattants des îles sous le vent et d’anglais.

Cet événement est resté dans l’histoire, comme la guerre de Fe’i pi, qui prit fin à Paea sur le marae (temple) Nari’i en 1815. Ce marae était l’un des premiers de l’île de Tahiti à être dédié au dieu « Oro », le dieu de la guerre et du sacrifice humain. Ce fût la confrontation ultime entre la civilisation polynésienne et la civilisation occidentale, et, l’affrontement entre deux forces bien différente, que sont les armes en bois et les armes à feux. Les récits exacts de cet affrontement sont rares, puisque là aussi, deux modes de transmission se sont fait face. Un mode oral très puissant porté par des valeurs fortes et des protocoles ancestraux, et, un mode écrit baigné dans une colonisation et une évangélisation massive du monde et des peuples autochtones.

La défaite de Opuhara marque la destruction progressive et définitive de la plupart des traits de la civilisation polynésienne, et l’entrée de ce peuple dans l’aire du christianisme et de la colonisation. L’évangélisation de masse étant enclenchée, débutera une guerre d’influence d’une vingtaine d’année entre protestants anglais et catholiques français, suivi de presque cinquante années de pacification de ces îles.

C’est dans ce contexte colonial que Pape’ete verra le jour, avec l’arrivée en 1818 du pasteur anglais William Crook à Pare, nom de la terre où va être édifié Pape’ete. Il installera une station avec un temple en bambou et une école, sur la terre dite de Pā’ōfa’i, où se trouve actuellement le temple protestant de Pā’ōfa’i. C’est le point de départ de la création, il y a 200 ans (2018) du Papeete d’aujourd’hui.


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